On a pris la trajectoire de la stratégie nationale bas carbone, et on a regardé les besoins en ressources associées. Et en fait, il y a des secteurs où ça ne passe pas.
Extraire, transformer, consommer, puis jeter.
Ce circuit en ligne droite, c’est celui sur lequel repose l’essentiel de notre économie. Il a un nom que personne ne lui donne : l’économie linéaire. Et un problème que tout le monde préfère ignorer : les ressources nécessaires pour le maintenir n’existent pas en quantité suffisante.
La finitude des ressources n’est pas une question morale ou éthique, c’est une question de sécurité individuelle et collective, de souveraineté, d’autonomie...
Dans ce nouvel épisode de TIME TO RESET, j’échange avec Emmanuelle Ledoux sur ce que signifie concrètement transformer notre rapport à la ressource. Sur ce qui bloque, ce qui pourrait débloquer, et cette posture de lucidité qui permet d’avancer sans se raconter d’histoires.
Ce que cet épisode documente
Ce qui m’a frappé, dans cette conversation, c’est le calme d’Emmanuelle quand elle pose les chiffres. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle ne milite pas. Elle déroule des trajectoires, confronte des données à des objectifs, et montre ce qui ne boucle pas. La France a 3% du cobalt mondial et il lui en faudrait 7% pour électrifier son parc automobile. La stratégie de décarbonation de l’aéronautique mobilise à elle seule 100% de la biomasse disponible. Ce sont des faits. Et personne ne les met sur la table dans les débats qu’on entend d’habitude.
Ce que j’ai retenu de cet échange, c’est que l’économie circulaire n’est pas un sujet environnemental. C’est un sujet de planification industrielle et politique, et c’est pour ça qu’il avance si lentement. Emmanuelle le voit tous les jours : les décideurs savent, les lois existent, les outils sont là, et pourtant le passage à l’échelle échoue. Ce qu’elle décrit pourrait s’appliquer à presque tous les chantiers de transformation que nous documentons dans TIME TO RESET.
L’épisode en bref
Synthèse (durée 2h02)
L’état des lieux : l’économie linéaire et ses impasses, le rapport Meadows et son héritage, la loi anti-gaspillage et ses limites, le signal prix comme seul déclencheur politique…
Les verrous : la matière recyclée plus chère que la vierge, les réparateurs qui manquent, les cordonniers en voie de disparition, le foncier inaccessible, les cinq freins à la circularité, la TVA circulaire retoquée au 49-3…
Les voies de sortie : la stratégie nationale bas carbone sous contrainte de ressources, la planification comme condition de la transformation, l’école circulaire comme récit fédérateur, la posture de lucidité face à l’éco-anxiété, Dune comme livre de la contrainte de ressources.
Un épisode pour qui ?
Cet épisode s’adresse à tous ceux qui travaillent sur les questions de transformation écologique et qui sentent que le passage à l’échelle reste le point de blocage.
Aux responsables de collectivités qui cherchent à intégrer la circularité dans leurs politiques d’achat et d’aménagement.
Aux dirigeants d’entreprise qui veulent anticiper la contrainte de ressources avant qu’elle ne s’impose par les prix.
Aux acheteurs publics et privés qui jonglent entre injonctions environnementales et budgets contraints.
Aux acteurs du réemploi, de la réparation et du reconditionnement qui peinent à trouver leur modèle.
Aux étudiants et jeunes professionnels qui s’interrogent sur les métiers de demain dans une économie sous contrainte. Et à tous ceux qui, comme Emmanuelle, préfèrent la lucidité froide au découragement.
L’invitée : Emmanuelle Ledoux
Emmanuelle Ledoux dirige l’Institut national de l’économie circulaire.
Son parcours : conseil, engagement politique et action institutionnelle. Un double ancrage qui dit quelque chose de sa conviction : on ne peut pas penser la transition écologique sans comprendre les mécanismes économiques.
Son quotidien : convaincre des élus, des industriels, des collectivités que le modèle dans lequel ils opèrent est une voie sans issue.
Son domaine : l’économie circulaire dans toutes ses dimensions. Plaidoyer auprès des institutions européennes et françaises, animation du débat public, accompagnement des collectivités et des entreprises.
Son approche : poser les chiffres sur la table, retirer l’affect du débat, et travailler sous contrainte de ressources. Elle ne verse ni dans le catastrophisme ni dans le solutionnisme. Son registre, c’est la lucidité froide et l’obstination.
Sa singularité : elle a fait de la TVA circulaire un combat personnel, co-rédigé un rapport sur le sujet en deux mois, et continue de le porter année après année devant le Parlement. « Je ne quitterai pas cette terre tant qu’il n’y a pas la TVA circulaire. »
Ce que vous allez découvrir dans cet épisode
Le modèle linéaire : une économie qui n’a jamais dit son nom
L’économie dans laquelle on vit principalement et depuis longtemps, c’est l’économie linéaire, extractive, jetable. Il y a plein de façons de la qualifier.
On dit « l’économie ». Comme si c’était un fait de nature. Une évidence. Emmanuelle rappelle que ce système a un fonctionnement très précis : j’extrais, je produis, je consomme, je jette. Et qu’il a une date de péremption.
Le rapport Meadows, en 1972, posait déjà la question. À ce rythme d’extraction, les ressources disponibles ne tiennent pas au-delà de 2050.
Cinquante ans plus tard, la réponse technologique a apporté des solutions partielles. On électrifie pour sortir du fossile. Mais les batteries nécessitent du lithium, du cobalt, du cuivre. Nous n’avons pas supprimé la contrainte de ressources : on a déplacer le risque sans le résoudre.
Le signal prix : seul déclencheur de la prise de conscience
Les vraies évolutions sur les transformations des politiques publiques, c’est rarement lié à la compréhension. C’est lié à la volatilité des prix et au risque-prix.
Emmanuelle identifie un mécanisme récurrent. On sait depuis des décennies que les ressources sont limitées : les rapports s’accumulent, les modélisations convergent. Mais ce qui déclenche le mouvement, ce n’est jamais la connaissance, c’est le choc économique.
1973, premier choc pétrolier. « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. » Puis oubli. Covid, rupture des chaînes d’approvisionnement. Prise de conscience. Puis oubli. Nouveau choc pétrolier en cours. La même séquence qui se renouvelle.
Ce schéma pose une question : les prix déclenchent le vote, le vote produit la loi, la loi crée le cadre. Mais entre chaque secousse, le cadre s’effiloche et les habitudes reprennent.
Conviction acquise, action absente
La conviction, c’est gagné. Tous ensemble, passons à l’action. Mais je suis bien d’accord qu’il y a encore un écart qui est assez significatif.
Emmanuelle pose un diagnostic net. Le temps de la conviction est terminé. Tout le monde sait qu’il y a un problème avec la fast fashion, avec l’énergie, avec les déchets. La loi anti-gaspillage de 2020 a ancré ces sujets dans le quotidien des citoyens.
Mais la loi AGEC a misé sur la demande. Le consommateur, convaincu, devait tirer le marché. Sauf qu’en face, l’offre n’a pas suivi. L’organisation économique et industrielle n’était pas prête : les réparateurs manquent, les filières de reconditionnement peinent à trouver leur modèle, l’infrastructure territoriale fait défaut.
Le paradoxe de la réparation : des clients sans réparateurs
Le nerf de la guerre sur la réparation de l’électroménager, c’est pas les clients. C’est les réparateurs.
La loi AGEC a créé le bonus réparation, l’indice de réparabilité, l’obligation de disponibilité des pièces détachées. Le cadre existe : mais qui répare ?
Les cordonniers : 45 000 dans les années 50, 3 000 aujourd’hui. La plupart proches de la retraite. Pas de modèle économique tonique, pas de formation, pas de foncier accessible. Un cordonnier ne va pas s’installer là où il n’y a pas de clients, et là où il y a des clients, le loyer est trop cher.
Comment une échoppe de cordonnerie peut-elle rivaliser avec un Sephora pour un bail commercial ? L’économie circulaire de proximité bute là-dessus. La réparation suppose des réparateurs. Les réparateurs supposent un modèle viable. Le modèle suppose du foncier, de la formation, une vision sur le temps long. Rien de tout ça n’a été anticipé.
La matière recyclée plus chère que la matière vierge
La plupart du temps, la matière recyclée est plus chère que la matière vierge. C’est pas simple.
C’est le premier des freins qu’identifie Emmanuelle : le frein économique résume à lui seul l’absurdité du système actuel.
On extrait loin, on produit loin, dans des conditions sociales qui ne sont pas les nôtres, et on consomme ici. Ce circuit-là produit des prix bas. Passer à la circularité, c’est relocaliser les boucles de valeur, avec des salaires français, un modèle social européen. Le différentiel de prix ne se comblera pas par la bonne volonté.
Emmanuelle le dit : on ne va pas s’aligner sur les conditions sociales de l’Asie du Sud-Est. Le « moins 30% » que les consommateurs attendent pour la seconde main, ce n’est pas tenable.
Les cinq freins qui bloquent la bascule
L’expérimentation marche bien. Et puis, au moment de passer à l’échelle, on n’y arrive pas.
Emmanuelle les nomme un par un.
Le frein économique, on l’a vu.
Le frein réglementaire ensuite : notre corpus législatif a été construit pour l’économie linéaire. Dans le BTP, la loi de maîtrise d’ouvrage public fonctionne par lots séparés. La circularité exige que tous les lots communiquent. Ça ne colle pas.
Le frein assurantiel : on sait assurer du neuf, pas du reconditionné. Qui est responsable quand un lave-linge réparé puis revendu tombe en panne ? Le cadre se construit, mais avec retard.
Le frein comportemental : « J’ai toujours fait comme ça. » Le réflexe d’achat optimisé pour la dopamine du clic, le one-button d’Amazon, tout ce qui réduit la friction à l’achat va à l’encontre de la logique d’investissement que suppose la circularité. Et l’injonction contradictoire permanente : on demande aux acheteurs publics de faire mieux, mais avec moins de budget. Résultat : on fait mieux là où ça se voit. Les cantines. Le gaspillage alimentaire. Et le reste continue comme avant.
Et un cinquième, la temporalité. Planifier suppose de la visibilité, la visibilité suppose de la stabilité. Quand tout est confus, le temps long devient inaccessible : or c’est le temps long qui permet d’organiser les ressources, de structurer les budgets, de prendre des décisions qui tiennent.
Investir ou consommer : une philosophie de l’achat
On décide pas de réparer un produit au moment où il est cassé. On décide de réparer un produit au moment où on l’achète.
Cette phrase, empruntée à Régis Koenig de Fnac Darty, résume un basculement. Consommer, c’est un acte immédiat. Investir, c’est un choix qui engage la durée.
Emmanuelle le formule autrement : quand on consomme, on a consommé. Quand on investit, on crée de la valeur. Le passage d’une logique à l’autre change tout. Le choix du lave-vaisselle à 112 euros qu’on remplacera dans trois ans, ou celui qu’on paie plus cher, qu’on choisit réparable, qu’on fait durer.
Mais investir suppose d’en avoir les moyens. Et c’est là que la question sociale s’impose : comment faire en sorte que cette logique ne soit pas réservée à ceux qui ont le budget ?
L’école circulaire : entrer par la vie
L’économie circulaire, c’est un sujet un peu aride. Et là, d’un coup, ça devient un sujet d’être humain.
À son arrivée à l’INEC en 2019, Emmanuelle cherche un projet fédérateur. Elle part d’une question simple : comment raconter l’économie circulaire à un maire qui discute à la boulangerie le dimanche matin ?
Réponse : par l’école. Une école, on la construit, on la rénove, on y achète des crayons, on la chauffe, on y nourrit les enfants, on la lave. À chaque étape, un choix circulaire est possible.
L’approche par le lieu de vie permet de sortir de l’aridité technique. Le territoire n’est plus une surface géographique. C’est l’endroit où les gens partagent des représentations communes et décident d’adresser des enjeux ensemble.
Le test acide pour Emmanuelle, c’est la simulation du maire à la boulangerie. « Imaginons, je suis maire d’une commune. Je fais la queue le dimanche matin. On me demande : et au fait, vous faites quoi en économie circulaire ? » Si la réponse tient en deux minutes et parle de l’école de la commune, c’est gagné. Si la réponse exige un glossaire, c’est perdu.
Le projet a été stoppé net par le confinement. Emmanuelle compte le relancer car l’enjeu reste le même : trouver le récit qui rende lisible un sujet que ses propres acteurs reconnaissent comme aride.
La TVA circulaire : un combat de tranchées
Je ne quitterai pas cette terre tant qu’il n’y aura pas la TVA circulaire.
L’histoire de la TVA réparation est un condensé de tout ce qui coince. En 2022, on confie à Emmanuelle et Emery Jacquillat un rapport sur le sujet avec deux mois pour le réaliser. La commande initiale : estimer combien ça coûte.
Leur stratégie, changer l’angle : pas d’effet prix pour le consommateur, on maintient le tarif. Mais on baisse la TVA de 20% à 5,5% sur les opérations de réparation. Le gain va au réparateur, c’est sa marge qui est protégée, son modèle économique qui est sécurisé.
L’argument fiscal : en passant de 45 000 à 3 000 cordonniers, la France a perdu de la TVA. Si le secteur de la réparation se développe, l’assiette grossit. Il vaut mieux 5,5% de quelque chose que 20% de presque rien.
Votée à l’Assemblée nationale. Votée au Sénat. Et retoquée au 49-3. Les estimations de coût de Bercy ? Un ministre avance 500 millions pour les seules chaussures. Ramenée au nombre de cordonniers, ça ferait 11 millions de chiffre d’affaires par échoppe. Bref, le concours Lépine du chiffre au pif, comme le dit Emmanuelle.
La bataille continue.
Planifier sous contrainte de ressources
On a pris la stratégie nationale bas carbone, et on a regardé les besoins en ressources associées. Et en fait, ça ne passe pas.
En 2021, l’INEC publie une « stratégie nationale bas carbone sous contrainte de ressources ». Le point de départ : un rapport de l’Agence internationale de l’énergie qui questionnait la disponibilité des ressources pour l’électrification.
L’équipe d’Emmanuelle reprend la trajectoire de décarbonation de la France et la confronte aux ressources nécessaires. Trois secteurs : électrification (lithium, cobalt, terres rares), construction (volumes pondéreux), biomasse (compétition entre usages).
Sur la biomasse, le constat est net : la stratégie de décarbonation de l’aéronautique, à elle seule, mobilise 100% de la biomasse disponible. L’armée, elle, planifie. Les stratégies civiles, beaucoup moins.
La France produit environ 3% du cobalt mondial. L’électrification de l’automobile en exigerait 7%. Soit on trouve plus de cobalt. Soit on fait avec ce qu’on a. Il n’y a pas 150 solutions. Et dans le second cas, ça pose la question de l’allongement de durée de vie des batteries, de l’éco-conception, de la recyclabilité. Les investissements dans les méga-factories de batteries, qui n’ont pas forcément un modèle économique à deux ans, deviennent compréhensibles si on entre par la contrainte de ressources.
L’armée française, elle, produit des rapports sur ces sujets. Elle planifie. Emmanuelle se souvient d’une intervention devant l’armée de terre. Elle demande à un général s’il est inquiet sur l’allocation des ressources. Réponse : « Ça va aller. » L’armée sait qu’elle aura sa part, elle est prioritaire. La question se pose pour tous les autres.
L’économie circulaire n’est pas un retour en arrière
L’économie circulaire, est-ce que ce n’est pas un retour en arrière ? Ce n’est même pas le sujet.
Emmanuelle raconte son propre souvenir. L’ouverture du H&M à Saint-Lazare : elle avait 20 ans, le pouvoir d’achat d’une étudiante. Et soudain, avec le même budget, trois jeans au lieu d’un. C’est l’accès à la consommation pour tous.
Le Rana Plaza est venu après.
La fast fashion a trente ans. Pas deux cents. Ce rapport à la consommation rapide est récent. Et il est construit sur un récit puissant de liberté et d’accès.
La question que pose Emmanuelle : qu’est-ce qu’on est prêt à accepter pour payer un t-shirt 5 euros ? Les conditions de production répondent probablement pas à nos standards sociaux et moraux. Soit on fait semblant de ne pas voir, soit on repose la question.
L’affect invisible : pourquoi le gaspillage alimentaire marche et pas le béton
Le gaspillage du béton, personne ne t’a jamais dit “gaspiller du béton, c’est pas bien”. Il n’y a pas de “gens qui n’ont pas assez de béton”.
Emmanuelle avance une théorie. Le gaspillage alimentaire nous touche parce qu’on a tous entendu, enfants, « pense à ceux qui n’ont pas à manger ». Cette image collective crée un récit puissant. Le gaspillage de nourriture, c’est mal. Point.
Mais le gaspillage de matériaux de construction, d’électroménager, de dalles de béton ? Aucune image équivalente. Aucun récit collectif. Et donc beaucoup moins de mobilisation.
Pour l’économie circulaire, c’est un vrai problème de récit. Les cantines scolaires, le circuit court, le bio : ça se voit, ça se comprend, ça se communique politiquement. Le réemploi dans le BTP ? Beaucoup plus difficile à raconter.
Emmanuelle ajoute un autre facteur. L’école française de gestion des déchets repose sur l’invisible. On met les poubelles devant sa porte et ça disparaît. Le tri, les bennes, les biodéchets : tout ce qui rend la matière visible crée une friction. Avant, c’était propre. Maintenant, il y a des poubelles partout, le citoyen voit émerger des choses qu’il ne voyait pas. Et la transition écologique, sur ce terrain, ressemble moins à un progrès qu’à une régression du confort.
La lucidité plutôt que le courage
Parce que le courage, il y a toujours un truc un peu épique. La lucidité, c’est plus collectif. On affronte une situation lucidement, collectivement.
Sur la posture du décideur, Emmanuelle préfère le mot lucidité au mot courage. Le courage, ça fait penser à un acte individuel, un truc un peu épique. La lucidité, c’est une posture collective : on regarde les chiffres, les trajectoires, les contraintes, sans se cacher derrière son petit doigt.
L’éco-anxiété la touche aussi. Mais ce qui la rassure, paradoxalement, c’est de refroidir les sujets. Poser des chiffres, tracer des trajectoires, cartographier un champ des possibles. Comment on fait avec ce qu’on a ?
C’est cette posture qu’elle recommande aux décideurs : affronter le réel, même quand il ne boucle pas. Refuser de reporter parce que c’est anxiogène. Et se retrousser les manches.
Dune : le livre de la contrainte de ressources
Dune, c’est LE livre de la contrainte de ressources. Le distillat, l’eau, le rapport à l’épice…
À sept ans, Emmanuelle voit le Dune de David Lynch. Fascinée, elle lit le livre de Frank Herbert peu après, de façon compulsive, plusieurs fois.
Pour elle, Dune reste une œuvre majeure de l’anticipation. Tout y est : la rareté de l’eau, la dépendance à l’Épice, la géopolitique des ressources, le rapport entre pouvoir et contrôle des flux. Jusqu’à la question de l’intelligence artificielle.
Une œuvre de science-fiction écrite en 1965 qui pose les questions que l’INEC travaille chaque jour. Emmanuelle mentionne aussi un ouvrage scientifique d’analyse de Dune, « un livre jaune », où des chercheurs décortiquent les enjeux ressources de l’univers de Herbert. Elle avait même envisagé, à sa prise de poste, d’organiser une conférence « ce que Dune nous apporte sur la contrainte de ressources ». Les films de Villeneuve sont sortis entre-temps. Le projet reste d’actualité.
Sur la seconde question, celle de ce qu’on laisse aux générations qui viennent, Emmanuelle hésite. Puis elle livre une réponse sobre : la responsabilité de faire de son mieux. Et le cadre de la prise de décision qui permette d’agir. Parce qu’on parle parfois de sauver la planète. Mais la planète s’en sortira très bien sans nous. La question, c’est sauver l’espace humain.
Ce qui reste, après cette conversation, c’est une image. Emmanuelle qui confronte les trajectoires de décarbonation aux ressources disponibles, et qui montre, secteur par secteur, que ça ne boucle pas. Elle ne dit pas que c’est foutu. Elle dit que c’est anxiogène, qu’on a le droit de trouver ça anxiogène, et qu’il faut y aller quand même.
C’est une posture que je retrouve chez presque tous les invités de TIME TO RESET : refuser le déni sans céder au découragement.
Emmanuelle ajoute une nuance qui m’a touché : la planète s’en sortira très bien sans nous. La question, c’est de préserver son habitabilité pour l’être humain. Et pour ça, il faut au moins regarder les chiffres en face.
Je suis Hugo Lambert, co-fondateur du STUDIO RESET, et j'aide les décideurs (CEO, dirigeants, élus, cadres de directions…) à décider et agir dans un monde qui se transforme.
Pour cela notre studio de transformation conçoit et propose des expériences créatives, personnalisées et centrées sur la résolution des problèmes de votre organisation.
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