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L'économie territoriale face à ses limites

Eau, énergie, foncier : la fin de l'illusion d'abondance

Pendant des décennies, le développement économique territorial a fonctionné sur une promesse simple : plus de mètres carrés, plus d’entreprises, plus de croissance.

Un modèle extensif, dopé à l’artificialisation des sols et à la course à l’investisseur étranger. Sauf que ce monde-là n’existe plus. Contraintes écologiques. Ressources limitées. Zéro artificialisation nette.

Les développeurs économiques se retrouvent face à une équation inédite : comment faire de l’économie quand on ne peut plus tout faire ?

Dans ce nouvel épisode de TIME TO RESET, j’échange avec Anabelle, directrice du développement du territoire à la Communauté de Communes Granville Terre et Mer et Présidente du Réseau National de l’Economie Territoriale.

Cette conversation est centrale car elle ne parle pas de théorie. Annabelle documente un basculement que j’observe partout : celui d’une économie qui redevient physique, territorialisée, contrainte.

Et qui oblige à réinventer tout un imaginaire professionnel.
Ce qu’elle dit de son métier pourrait s’appliquer à presque tous les nôtres.


L’épisode en bref (1h15)
Nous avons parlé de fin de modèle, d’artificialisation des sols, de tension entre exogène et endogène, de ressources contraintes (eau, énergie, foncier), d’identité territoriale, de coopération versus compétition, d’humanité dans les pratiques professionnelles, et de ce que signifie réellement “faire de l’économie” à l’échelle d’un territoire.
Pour ne pas rater les prochains épisodes :


Mon invitée : Anabelle

Anabelle exerce depuis plus de 15 ans dans le développement économique territorial. Directrice du développement du territoire d’une communauté de communes normande, elle est également présidente du réseau national de l’économie territoriale (RNET), qui rassemble les praticiens d’un métier singulier en pleine transformation.

Son approche : une connaissance fine du terrain, une relation directe avec les acteurs économiques et institutionnels, et surtout une lucidité tranquille sur ce qui est en train de changer — et pourquoi ça ne reviendra pas en arrière.

Sa méthode : l’action concrète, optimiste et humaine au service de son territoire. Tout en acceptant de se questionner face à la complexité des arbitrages et projets à opérer dans un monde de ressources contraintes.

Ce que vous allez découvrir dans cet épisode

La fin du modèle extensif : quand l’artificialisation s’arrête

On développait du mètre carré à foison. On faisait la compétition entre nous parce qu’on était le plus beau territoire. Tout le monde était au centre de la France, au cœur de l’Europe.

Pendant des décennies, l’arme principale du développement économique a été le foncier. Créer des zones d’activité. Artificialiser. Accueillir. Recommencer.​

Avec le zéro artificialisation nette (ZAN), ce modèle touche à sa fin.
Ce n’est pas un ajustement à la marge. C’est la fin d’un paradigme.​

La contrainte devient opportunité : réinvestir les espaces existants, densifier, optimiser.

Mais cela suppose de sortir de la facilité et de réapprendre à faire avec ce que l’on a.​

Investisseur extérieur VS tissu local : qui crée vraiment de la valeur ?

Le mythe de l’investisseur étranger qui allait résoudre tous les problèmes... Aujourd’hui, les développeurs économiques ne sont plus au service des entreprises du territoire, ils sont au service du territoire avant tout et de son tissu économique.

Hier on cherchait la grosse usine venue d’ailleurs. Le projet “strass et paillettes”. L’implantation qui fait la une.​

Aujourd’hui : le pivot s’opère vers l’endogène. Le tissu économique local. Les entreprises qui restent. Qui s’ancrent. Qui créent des écosystèmes résilients.​

Pourquoi ce basculement ? Parce que c’est ce tissu qui assure la résilience d’un territoire. Pas les coups médiatiques. Pas les promesses d’emplois qui partent aussi vite qu’elles arrivent.​

Eau, énergie, foncier : quand l’économie redevient physique

Avant, on ne se posait pas la question de la capacité. On disait : il y a ce qu’il faut. Maintenant, c’est un autre métier. Quand vous passez de « je vends des terrains» à «je vends des terrains si j’ai les ressources», ce n’est plus le même métier.

Eau, énergie, foncier, capacité des réseaux.​.. Pendant une parenthèse historique, on a pu faire comme si ces contraintes n’existaient pas. Comme si on pouvait implanter n’importe quelle activité n’importe où.​

Cette parenthèse se referme. L’économie redevient ce qu’elle a toujours été : un phénomène territorialisé, dépendant des ressources locales.​

Le développeur économique devient un “interface” : capable de parler aux entreprises, mais aussi aux gestionnaires d’eau, d’énergie, de déchets. Capable de comprendre les contraintes de chacun. De traduire. De faciliter.​

L’identité du territoire comme ressource stratégique

Tous les territoires ne jouent pas dans la même cour. Chacun a sa propre identité. Il n’y a aucun territoire qui n’a pas sa propre identité.

Dunkerque n’est pas la Bourgogne. La Normandie n’est pas la Côte d’Azur.​

Pendant longtemps, on a voulu gommer ces différences. Standardiser. Rentrer dans le moule du “territoire attractif” générique.​

L’exemple de Dunkerque est révélateur : territoire industriel dont on a voulu cacher l’identité dans les années 90, avant de devoir la réhabiliter aujourd’hui.

Parce que cette identité, c’est aussi ce qui fait la force d’un territoire. Ses compétences. Son histoire. Ses ancrages.​

Accepter les différences, c’est sortir de la compétition généralisée pour entrer dans une logique de complémentarité. Et reconnaître qu’on ne peut pas tout faire. Que d’autres territoires sont mieux placés pour certaines activités. Et que c’est normal.​

Coopération versus compétition : le basculement structurel

Dans un monde où la ressource est abondante, le modèle de la compétition fonctionne bien. Mais dans un monde où la ressource est contrainte, le modèle de la coopération prend beaucoup d’importance.

Quand tout est possible, la compétition a du sens. Chacun tire la couverture. Chacun défend son pré carré.​

Mais quand les ressources deviennent limitées, cette logique s’effondre. Il faut coopérer. Se spécialiser. Bénéficier mutuellement des dynamiques des voisins.​

Ce basculement n’est pas moral. Il est structurel. Les territoires qui l’anticipent gagnent en résilience. Les autres découvrent trop tard que l’isolationnisme ne fonctionne pas dans un monde contraint.​

L’humanité au cœur du métier : des relations, pas des tableaux Excel

Une entreprise, c’est des gens. C’est un numéro de téléphone. C’est quelqu’un qui t’appelle. C’est quelqu’un qui vit sur le territoire et qui participe aux activités associatives. Tu le croises le dimanche matin au marché. C’est pas désincarné.

L’exemple de Lesaffre : implanté depuis les années 1930, reconstruit après-guerre, jamais fermé malgré les crises. Pourquoi ? Parce qu’il y a eu un ancrage. Une relation. Un attachement réciproque entre l’entreprise et le territoire.​

« C’est le graal du développement économique », dit Annabelle.​

Parce que derrière les chiffres, il y a des êtres humains. Des dirigeants qui vivent sur place. Des salariés qui font du bénévolat le week-end. Des relations qui se construisent dans la durée.​

Et cette dimension humaine, elle ne se quantifie pas. Mais c’est elle qui fait qu’une entreprise reste. Ou qu’elle part.​

Du quantitatif au qualitatif : redéfinir ce qu’est la valeur

Avant, on ne se posait pas trop la question de la valeur et des impacts de l’entreprise qu’on accueillait.

Nombre d’emplois créés. Surface artificialisée. Montant de l’investissement.​

Pendant longtemps, la mesure de la réussite était purement quantitative. Plus = mieux.​

Aujourd’hui, les questions changent : quel type d’emploi ? Pour combien de temps ? Avec quelle empreinte écologique ? Quelle contribution au tissu local ? Quelle résilience face aux crises ?​

La valeur devient qualitative. Et cela change tout.​

L’écologie n’est pas un geste individuel, c’est un choix de société

Ce n’est pas le Colibri individuel qui fait sa part. C’est le modèle d’habitat, de mobilité, d’aménagement qu’on met en place collectivement.

La transformation écologique ne se joue pas à l’échelle des petits gestes.
Elle se joue dans les infrastructures.
Les choix d’aménagement.
Les modèles économiques territoriaux.​

Et ces choix, ce sont des choix politiques. Collectifs. Qui engagent une vision de société.

Un épisode pour qui ?

Cet épisode s’adresse à tous ceux qui travaillent sur les territoires et sentent le sol bouger sous leurs pieds. Aux développeurs économiques dont les vieux outils ne fonctionnent plus. Aux élus qui hésitent entre soutenir la croissance économique et renforcer la résilience de leur territoire. Aux entrepreneurs qui cherchent où s’ancrer. Mais aussi — et surtout — à tous ceux qui veulent comprendre ce qui se joue vraiment dans l’économie locale : ni théorie, ni idéologie, mais de la pratique incarnée.


Cet épisode mérite d’être entendu

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