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Apprendre à décider avec le vivant

Et si le lycaon animait votre prochain séminaire stratégique ?

La plupart des problèmes de nos organisations ont déjà été résolus par d’autres espèces que la nôtre.

Au STUDIO RESET, nous avons une formule un peu cruelle pour décrire la plupart des séminaires stratégiques : des réunions classiques avec un meilleur traiteur. Le décor change, l’ordre du jour reste souvent celui du quotidien : chacun défend ses arbitrages puis retourne à son ordinateur pendant que le voisin prend la parole.

L’évolution nous a mis face à un choix : s’adapter ou disparaître, de la même manière que les transitions nous obligent à transformer nos organisations.

Quand on cherche à mieux décider on regarde ce qu’ont fait d’autres organisations. Aïna Queiroz propose de regarder encore plus loin. Chez la chouette lapone, le lycaon ou le mérou. Des espèces qui ont réglé, bien avant nous, les problèmes que rencontrent nos organisations.

Le vivant porte en lui cet héritage façonné sur des millions d’années d’évolution : une limace de mer, un rat, et même un pigeon ont quelque chose d’incroyable à nous apprendre quand il s’agit de s’adapter à son environnement.

L’épisode n°14 en bref (2h17)


Aïna Queiroz est biologiste de formation. Après douze ans en entreprise, dans la recherche puis à la tête d’une équipe de recherche et d’innovation, elle est aujourd’hui conférencière et passeuse de sciences. Son sujet de prédilection ? Le biomimétisme pour faire entrer les stratégies animales dans les discussions de direction.


Les points clés de l’épisode :

  • Ce que le vivant dit de notre époque : les fougères qui repoussent sur les volcans, la biodiversité restée dans l’ombre du carbone, l’animalité qu’on refuse, la loi de la jungle démentie, le monopole et la monoculture…

  • Décider autrement : les masques qui tombent après la conférence, les mafias joyeuses, le vote par éternuement du lycaon, la carotte ou le bâton…

  • Un bestiaire pour votre prochain séminaire stratégique : la chouette lapone, le puma, le mérou et la murène, l’axolotl, le suricate, le dauphin, le poulpe mimétique, la fourmi…


Ce que vous allez découvrir dans cet épisode

En pleine éruption, c’est là que les graines se sèment

« Nous, c’est une autre histoire, mais le vivant, je suis assez convaincue qu’il trouvera toujours un chemin. »

Je lui demande comment une biologiste regarde notre époque. Elle répond par un volcan. Après l’éruption, certaines fougères sont les premières à repousser sur la lave, elles recréent le sol dont la suite aura besoin.

Aïna nous situe là, en pleine éruption. Tout semble céder en même temps, et c’est à ce moment que les prochaines graines se sèment. L’histoire du vivant est faite de crises, et chacune a laissé la place à autre chose.

Ce sujet de la biodiversité reste pourtant trop souvent dans l’ombre. Trop technique, un peu ennuyeux, voire parfois punitif. Et ce désintérêt a une racine plus profonde. Régulièrement, dans un dîner de famille, la conversation dérive vers une question qu’elle croyait réglée : sommes-nous vraiment des animaux ? Autour de la table, on nuance. Elle rectifie.

« On est des animaux. Est-ce qu’on est des animaux comme les autres ? À la limite, discutons-en »

Elle en tire une leçon d’humilité. Chaque espèce encore présente sur Terre a réussi la même prouesse que nous : survivre, s’adapter, résoudre ses problèmes, dépasser des contraintes... Autant de modèles disponibles. Reste à savoir comment mettre les gens en mouvement. Aïna refuse de passer par la peur.

« Je ne fonctionne pas trop à l’angoisse, au stress, à la culpabilité. »

Nous ne sommes pas câblés pareil. Ce qui me met en mouvement, c’est la responsabilité envers ceux qui viennent. L’urgence, quitte à brusquer. Aïna a observé autre chose depuis le Covid : une partie du public ne réagit plus aux signaux d’alerte. Pour eux, l’alarme ne sonne plus. Nous convergeons sur un point. Il faut du désir pour mobiliser, et sans doute une part de contrainte pour que le mouvement tienne.

Quand les ressources manquent, le vivant coopère

« On peut se permettre le luxe de la compétition quand tout va bien »

Nous avons grandi avec des documentaires animaliers construits autour d’une grande narration : la scène de chasse où le prédateur finit par rattraper sa proie. Le récit en a tiré une loi générale : chacun pour soi, et le perdant paie.

Aïna renvoie au travail de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle sur l’entraide, l’autre loi de la jungle. Dans le vivant, la règle courante est la coopération. La compétition reste un luxe de période faste. Quand les ressources se raréfient, les alliances se resserrent.

Les amibes sociales vivent chacune de leur côté tant que la nourriture abonde. Quand elle manque, elles s’assemblent en un seul organisme, et beaucoup se sacrifient pour que les autres survivent. Pour des organisations qui vivent désormais sous contrainte, la leçon est directe. Plus le contexte se tend, plus il faut mettre en commun.

La règle vaut aussi aux interfaces de l’entreprise : fournisseurs, clients, le collègue du réglementaire quand on est au marketing. Une relation qui nourrit l’un en appauvrissant l’autre finit par priver les deux. Nous traitons la nature de la même façon. Elle nous rend chaque jour des services gratuits, et nous agissons comme si nous n’en dépendions pas.

« On donne d’ailleurs une valeur, ce qui est absurde, à la nature plus forte quand elle est morte. »

Les mafias joyeuses : le changement vient souvent de ceux dont ce n’est pas le métier

Quand Aïna intervient en entreprise, elle parle de stratégies animales et végétales. Elle cherche moins à inquiéter qu’à émerveiller. Elle est souvent appelée par des ambassadeurs internes qui ne sont pas en haut de l’organigramme.

« C’est des acteurs sur le terrain qui vont murmurer, s’allier et faire remonter jusqu’en haut les enjeux. »

Pendant l’échange, on leur trouve un nom : des mafias. Des complotistes joyeux, qui savent que le chemin sera difficile et ont décidé qu’il serait agréable. Elle aime réunir les mafias de plusieurs groupes pour comparer ce qui a marché. Souvent, le changement n’est pas venu d’un directeur.

J’en ai profité pour pousser une idée qui me travaille. Même quand la direction est volontaire, une organisation a besoin de friction : une direction générale pourrait poser ses garde-fous et autoriser ses mafias à les contourner. Organiser son propre dépassement.

Aïna répond par le lycaon, le chien sauvage africain. Dans la meute, un couple dominant décide de presque tout. Le pouvoir n’est pourtant pas total. Un individu qui estime que la pause a trop duré peut éternuer. Si assez d’autres éternuent à leur tour, la meute se met en route. N’importe qui ne prend donc pas la main. Il faut rallier. Mais les individus éloignés du sommet captent d’autres signaux faibles, et la meute a prévu un canal pour les entendre.

Un bestiaire pour votre prochain séminaire stratégique

Aïna a conçu un jeu qui prête aux dirigeants les talents d’autres espèces. Premier constat : tout le monde veut être le lion, la panthère ou le gorille. Pendant l’épisode, je lui soumets les situations que je croise le plus souvent en comité de direction. Pour chacune, elle sort un autre animal.

Quand l’instance décide trop vite : la chouette lapone

Le rapace écoute longtemps, avec ses grands disques faciaux, avant de plonger sur un mulot caché sous la neige. Quand elle était manager, Aïna a appris à valoriser ces profils. Un rapport rendu deux jours en retard, sans une ligne à reprendre, lui faisait gagner du temps.

« Je préfère prendre quelques minutes, quelques heures en plus pour ne pas me tromper »

Quand l’urgence dévore la stratégie : le puma

« C’est pas tout de suite que les herbes vont repousser et que les herbivores vont revenir. »

Selon Aïna, le puma regroupe souvent ses carcasses aux mêmes endroits. L’herbe y repousse plus vite, et les herbivores qu’il chasse reviennent. Elle reste prudente sur l’intention : cela donne la sensation d’une stratégie. La question vaut pour n’importe quelle entreprise. Qu’est-ce que nous mettons dans le sol aujourd’hui ?

Quand on s’entend sans s’écouter : le mérou et la murène

« Est-ce que nous, on sait dire à l’autre qu’on a compris ce qu’il attendait de nous ? »

Le mérou et la murène chassent ensemble. L’une se faufile dans les rochers, l’autre est plus à l’aise en eau libre. Pour signaler une proie cachée, le mérou secoue la tête dans sa direction. Testé avec de fausses murènes qui suivaient mal le signal, il s’en est désintéressé pour retenir les partenaires qui répondaient. Aïna en a tiré une leçon personnelle. Un collègue lui a un jour répété dix fois la même demande. Elle avait entendu mais n’avait jamais dit « message reçu ».

Quand le cadre disparaît : l’axolotl

Cette salamandre mexicaine peut rester juvénile et aquatique toute sa vie. Si l’eau vient à manquer, elle dispose des ressources pour se métamorphoser et respirer à l’air libre. Son plan B existait avant la crise. Pour une entreprise, cela revient à mettre quelques personnes sur le scénario qu’on espère ne jamais activer.

C’est quoi nos poumons à nous ?

Quand chacun défend son budget : le dauphin

C’est la situation que je croise le plus. Une instance collective sans collectif, que j’appelle le séminaire collectif d’arbitrage individuel.

Certains grands dauphins soulèvent la vase en cercle autour d’un banc de poissons. Les autres se postent là où les poissons paniqués vont chercher à s’échapper. Tous mangent davantage qu’en chassant seuls.

« Mais c’est un peu parce que chacun a accepté de ne pas être celui qui faisait le cercle »

Dans la plupart des séminaires, tout le monde veut faire le cercle.

Nous avons plusieurs visages, et c’est une ressource

« Utiliser qu’une seule palette de ce qu’on est et de style relationnel, c’est appauvrir nos relations aux autres. »

Dernière situation soumise à Aïna : le leadership par organigramme. Le poste désigne qui décide, quelle que soit la compétence et ceux, qui eux, pourraient éclairer la décision se taisent, faute de légitimité.

Elle convoque le poulpe mimétique, capable d’imiter une quinzaine d’espèces : devant un prédateur, il se fait passer pour un poisson plat venimeux ou un serpent de mer. Deux secondes plus tard, une proie arrive, il prend une apparence inoffensive pour ne pas la rater. Elle écarte l’opportunisme permanent. L’idée est de rester audible en s’ajustant à la situation de l’autre, à la peur qu’il traverse.

Dans une organisation, on porte toujours des masques. Un décideur gagne à en avoir plusieurs. L’organigramme fige les rôles. Le poulpe, lui, choisit sa posture selon la situation qu’il rencontre.


Je demande à Aïna quelle question un dirigeant devrait se poser avant d’engager la transformation de son organisation. Sa réponse : se demander s’il est « vraiment le seul humain à avoir rencontré ce problème », puis décentrer le regard pour chercher des solutions ailleurs.

Le vivant forme une bibliothèque de solutions. Le biomimétisme pose une condition à sa lecture : puiser son inspiration dans la nature sans l’épuiser. Tant qu’un arbre abattu vaudra plus qu’une forêt debout, la bibliothèque perdra des volumes avant qu’on les ait ouverts.

La lecture peut commencer au prochain séminaire.

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Si cette conversation vous a fait penser à un comité de direction en particulier, transférez-la à quelqu’un qui y siège.

Pour retrouver Aïna Queiroz


Je suis Hugo Lambert, co-fondateur du STUDIO RESET, et j’aide les organisations à élever leur niveau de jeu pour se transformer face aux transitions. Notre studio de transformation conçoit et propose des expériences créatives, personnalisées et centrées sur la résolution des problèmes de votre organisation.

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