Pouvons-nous encore croire au progrès ?
#05 - Un progrès sous tension : entre aspirations humaines et défis planétaires
“A quoi bon avoir une civilisation quand on ne cherche plus à être civilisé?”
God Bless America
Time To Reset en 1 minute
🧭 En route vers le progrès
Dans un monde en mutation, la définition même du progrès est en jeu. Ce débat dépasse les choix technologiques ou économiques : il interroge notre capacité à bâtir un récit collectif porteur de sens.
🔎 Décrypter la transition : pourquoi le progrès est-il en panne ?
Comprendre le progrès, c’est décrypter les tensions entre technique, social et environnemental.
❇️ Ressources : quel récit pour accompagner la transformation en cours?
Mise en lumière des défis et des ordres de grandeur nécessaires pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.
🔭 Signaux faibles, tendances lourdes : “Neutralité du progrès”, “Progrès économique, progrès social", “Progrès et récit”, “IA & progrès”, “Progrès & pouvoir”.
Ces notions clés offrent des pistes pour repenser le progrès et ses implications.
➕ 1 contenu pour aller plus loin : nous sommes tous et toutes des macaques à longue queue.
Que nous apprend la biologie sur notre capacité à agir pour un futur collectif ?
💬 Le mot de la fin
Lors de la dernière newsletter j’abordais la notion d’ancrage local : “S'ancrer dans un monde fluctuant”. Merci pour vos retours, soutiens et encouragements 🙏
🧭 Relancer le progrès
L’actualité récente illustre un paradoxe : à l’heure où les catastrophes naturelles se multiplient, le climatoscepticisme progresse.
En novembre, alors qu’un président climatosceptique était réélu aux États-Unis (“Drill, Baby, Drill”), des inondations dévastatrices frappaient l’Espagne lors de la COP 16. Une ironie amère.
Ces événements illustrent une bataille cruciale : celle du récit du progrès.
Au cœur de cette bataille : une notion fondatrice de nos sociétés modernes.
Depuis deux siècles, le progrès technique, social et économique formait un socle, souvent imparfait, mais plutôt partagé au coeur du pacte social.
Mais aujourd’hui, cette mécanique s’est enrayée.
Puisque le progrès semble malade, tâchons au moins de comprendre pourquoi.
Bonne lecture,
❇️ Hugo L.
PS : chaque mois, je vous ferai parvenir cette newsletter. N’hésitez pas à la partager ou à en parler autour de vous pour nous soutenir 🙏
Time To Reset : une newsletter mensuelle qui t’aide à comprendre et agir en faveur de la transformation écologique des entreprises et des territoires.
🔎 Pourquoi le progrès est-il en panne ?
Les conditions de vie se durcissent (recul de l’espérance de vie aux États-Unis, baisse des niveaux éducatifs).
Les inégalités économiques persistent, alimentant précarité et mécontentement.
La crise écologique frappe de plein fouet les populations les plus vulnérables.
Les récits collectifs se fragmentent, minant notre capacité à agir de manière concertée.
Bref, la notion de progrès est en panne. À tel point que 85 % des Français regardent l’avenir avec inquiétude.
Pourtant, comme l’aurait dit le Général de Gaulle : “On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant : le progrès ! le progrès ! le progrès ! Mais ça n’aboutit à rien et ça ne signifie rien.”
Le concept
Le progrès peut se définir comme une démarche dynamique d’amélioration de la condition humaine pour la rendre meilleure et atteindre un état plus satisfaisant.
Elle repose sur trois dimensions.
Le progrès technique englobe l’amélioration des processus de production et des technologies : augmentation de la productivité, réduction de la pénibilité du travail, émergence de nouveaux produits et services, innovation dans les méthodes de fabrication…
Le progrès social vise l'amélioration des conditions d’existence : meilleur accès aux soins, meilleur système éducatif, lutte contre la pauvreté, reconnaissance et protection des droits, amélioration du bien-être collectif…
Le progrès économique cible l'amélioration du niveau de vie : création de richesses, développement de nouvelles opportunités économiques, réduction des inégalités…
Pourquoi cette notion est importante ?
La crise climatique remet en cause une vision trop linéaire et centrée sur le progrès technique.
Pour approfondir ce point, il est possible de retrouver les éléments évoqués dans l’édition Time To Reset dédié à la grande accélération et celle sur les limites planétaires.
La notion de progrès doit donc embrasser les enjeux systémiques et s’adapter aux contraintes d’un monde fini.
Autrement dit, la transition écologique requestionne le progrès autour de 4 dimensions :
Réduction des inégalités socio-économiques
Transformation des modes de production
Préservation des relations avec le vivant
Adaptation aux mutations globales
L’aspect central de la notion porte donc sur le récit associé et les choix de sociétés induits. Probablement pour cette raison que la notion est constamment utilisé pour justifier certains choix et en dénigrer d’autres.
A noter
Autour de cette ambition écologique du progrès co-existent plusieurs approches.
La modernisation écologique qui cherche à concilier développement économique, technique et social avec la préservation environnementale en s’appuyant sur l’innovation technique, la décarbonation et la préservation de la biodiversité.
La transformation écologique qui souhaite rompre avec une vision linéaire du progrès et intégrer des objectifs écologiques, sociaux et démocratiques en privilégiant le bien-être et le respect des écosystèmes.
Finalement le progrès peut emprunter différents chemins, montrant ainsi son caractère protéiforme.
Pour illustrer cela, l’ADEME a réalisé un excellent travail de projection autour de quatre chemins “types” cohérents qui illustrent de manière volontairement contrastée des options économiques, techniques et de société pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
Vous pouvez retrouver ce travail dans les visuels ci-dessous ou sur le site de l’ADEME.






❇️ France Net Zéro : quel récit pour accompagner la transformation en cours ?
Carbone 4 a développé - avec le soutien de l'European Climate Foundation (ECF), de l'ADEME et de la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) - une plateforme permettant à chacun de composer sa propre recette de la neutralité carbone du pays.
Grâce à une approche ludique, cet outil met en lumière les défis et les ordres de grandeur nécessaires pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.
Un bel outil pour :
Comprendre la trajectoire du pays dans une perspective Net Zéro ;
Mesurer l’ampleur des transformations à venir et des choix associés ;
Saisir l’urgente nécessité de construire un récit désirable et mobilisant autour de cet objectif.
A ton tour de trouver la voie pour réussir ce défi !
🔭 Signaux faibles et tendances lourdes : enjeux et débats autour de la notion de progrès
Cédric Villani : « Les progrès ne sont pas neutres »
Flashback : quand paraît en 1962, Printemps silencieux, ouvrage qui dénonce l’utilisation toxique du dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT) et qui marque la naissance de l’écologie politique, son autrice, la biologiste Rachel Carson, est la cible d’une campagne de dénigrement en règle par l’industrie chimique, l’accusant d’obscurantisme hystérique. Les évolutions scientifiques entraient en collision avec les intérêts techniques, cela arrive souvent en fait ! C’est pourtant cet ouvrage qui provoquera la création de l’agence publique américaine de protection de l’environnement et l’interdiction en 1972 du fléau environnemental qu’était le DDT. Les leçons en sont toujours vraies aujourd’hui : face aux grands défis qui sont les nôtres, en particulier les trois accélérations entremêlées — géopolitique, technologique et environnementale — que dépeint Thomas Gomart dans L’Accélération de l’histoire (Tallandier, 2024), il faut être lucide mais on peut s’autoriser l’optimisme car la prise de conscience est rapide.
➡️ Retrouver l’article sur bpifrance
La baisse tragique de l’espérance de vie américaine ne tient pas qu’à la pandémie
Tous les travaux scientifiques qui ont tenté d’identifier les forces à l’œuvre dans l’évolution de l’espérance de vie aux Etats-Unis mettent l’accent sur l’affaiblissement du contrat social, tout comme celui des services publics et leur privatisation progressive (notamment en matière de santé et d’éducation), une fragilisation de la protection sociale et la concentration croissante des richesses au profit d’une part toujours plus faible de la population. La détérioration de la situation sanitaire dans l’un des pays les plus riches du monde et à la pointe des technologies les plus avancées devrait servir d’avertissement aux gouvernements tentés par des politiques d’austérité génératrices d’inégalités économiques et sociales.
➡️ Retrouver l’article sur Libération
Le progrès a-t-il encore de l’avenir ?
Le triptyque “protéger, projeter et progresser” permet de tendre vers le progrès. Nous ne pouvons progresser sans se sentir protégé, et sans se projeter. Il faut donc d’abord intégrer la sécurité comme base mais actuellement il y a un manque de capacité d’imagination pour se projeter. En ne focalisant que sur l’insécurité et les catastrophes, on ne peut donc plus avancer sereinement. En pensant le progrès avec pragmatisme et en remettant l’humain au centre, il faut accepter de se changer soi même, de revaloriser la conscience de citoyen et diminuer celle du consommateur. Cela afin de retrouver une envie de se projeter, moins de se sécuriser, et d’avoir un socle commun de repères pour savoir si on progresse réellement ou pas.
➡️ Retrouver l’article sur Entreprise & Progrès
Présentation du projet d'avis "Impacts de l'intelligence artificielle : risques et opportunités pour l'environnement"
Elle existe depuis des décennies, mais a fait une entrée fracassante dans notre vie quotidienne. L'intelligence artificielle (IA) est à présent partout autour de nous : dans nos smartphones et assistants intelligents, sur les réseaux sociaux, mais aussi dans des secteurs entiers comme l'industrie, le transport, le marketing... Cette omniprésence nous amène aujourd'hui à questionner son impact sur le changement climatique. Certains dénoncent une menace et un impact déjà effectif pour l'environnement. D'autres soulignent son potentiel d'outil indispensable à la transition écologique. Qui croire ?
➡️ Retrouver l’article sur CESE
Nobel d’économie : progrès, pouvoir et démocratie face à l’intelligence artificielle
Daron Acemoğlu et Simon Johnson, professeurs au Massachusetts Institute of Technology (MIT), l'une des plus grandes universités du monde et lauréats du prix Nobel d’économie en 2024, remettent en question cette approche mécaniste du développement technologique dans l'ouvrage qu'ils ont cosigné, Power and Progress : Our Thousand-Year Struggle Over Technology and Prosperity. Ils mettent le lecteur en garde contre ce qu'ils appellent le "piège du récit". Selon eux, "dès lors qu’un récit devient dominant, il est difficile de se déprendre de ses postulats car on a tendance à tenir ses enseignements pour véridiques". Ce risque, toujours présent aujourd'hui, résulte de notre incapacité à remettre en question le discours des géants de la technologie afin d’envisager des voies autres pour le développement technologique et ses applications.
C'est pourquoi les auteurs affirment qu'il n'est pas possible de comprendre le "progrès", qui inclut le développement technologique, ni la question de la répartition des richesses, sans prendre en compte la dimension du pouvoir. Leur thèse, qu'ils étayent par des exemples historiques, est que la contribution de la technologie au bien commun n'a été rendue possible que grâce aux luttes sociales : elle n’a pas été spontanée.
➡️ Retrouver l’article sur Institut Montaigne
➕ La COP29 sert-elle encore à quelque chose ?
En bref
Alors même que la réalité du réchauffement climatique et de la crise environnementale apparait de plus en plus clairement, nous faisons face à un paradoxe. Le climatoscepticisme se développe et la contestation contre les actions de lutte contre le réchauffement climatique et la crise environnementale se renforcent.
7 enseignements
🌪️ Catastrophes climatiques : les aléas climatiques extrêmes, comme les ouragans, sont clairement liés au réchauffement climatique, mais l’inaction demeure. Cela illustre que la connaissance n’entraine pas nécessairement l’action.
🧠 Passivité collective : malgré la prise de conscience croissante, il existe une curieuse passivité face à l’urgence climatique. Cela pose la question de la motivation humaine à agir pour le bien commun et du récit associé.
🦧 Comportement biologique : comparer notre inaction à celle des macaques montre que les comportements humains peuvent être biologiquement déterminés, soulignant la nécessité d’un dépassement culturel.
📈 Consommation et publicité : la pression des messages de consommation contradictoires nous empêche de prendre des décisions écologiques. Une mise en lumière de l’impact négatif de la société de consommation sur notre conscience écologique.
🏛️ Réussites passées : le protocole de Montréal (protection de la couche d’ozone) montre que des actions collectives peuvent être efficaces. Cependant, la question climatique présente des défis plus complexes et irréversibles.
🚫 Publicité climaticide : la persistance de la publicité pour des produits nuisibles, comme les SUV, révèle une approche inquiétante face à la crise climatique, nécessitant des régulations strictes.
📣 Changement culturel nécessaire : pour sortir de cette crise, il est crucial de transformer notre imaginaire collectif autour de l’écologie et du progrès, en remettant en question les normes établies par le fonctionnement économique actel.
💬 Le mot de la fin
Finalement que retenir de cette newsletter ?
Une vision du progrès basée sur la croissance matérielle infinie est en crise dans un monde aux ressources limitées.
Le progrès est malade, mais n’est pas enterré. Pour le réinventer, nous devons comprendre ses tensions, choisir nos récits et agir.
Et si, ensemble, nous bâtissions un progrès ancré dans les limites de notre monde mais porteur d’un futur désirable ?
Car finalement, les macaques peuvent aussi rêver de progrès.
Processus infini d’amélioration continue dans un monde fini : n’hésitez pas à me faire remonter vos remarques et avis sur cette newsletter. Ainsi que vos envies pour les prochaines !



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